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  • Michel Tanguy

Pourquoi les Etats Modifiés de Conscience (EMC) sont-ils utiles dans la thérapie du burn-out

Mis à jour : juil. 29

Le lâcher prise est la clé principale pour sortir d'un burn-out. Il ouvre les deux verrous principaux de l'épuisement professionnel : le premier, le déni et le tout dernier, sans doute le plus grave, celui de l'épuisement spirituel.

J'observe bien durant le processus de guérison du burn-out de mes clients que lorsqu'ils renoncent enfin à resister (à leur maladie, à faire tomber les masques, à être qui ils sont vraiment...), alors ils peuvent libérer l'énergie dont ils ont tant besoin pour redevenir pleinement vivants. Pour moi il y a trois passages successifs dans le chemin du lâcher prise : calmer la rage face à la résistance (l'identifier, bien l'orienter, la faire sortir), accepter ce que l'on ne peut pas changer, apprendre à se détacher du passé et de nos croyances limitantes.


J'ai eu l'occasion d'évoquer dans un post précédent les complications de certains burn-out (souvent des rechutes d'ailleurs) qui s'installent et où l'état dépressif sévère ne semble plus vouloir quitter la personne. J'ai rapproché ce phénomène du deuil pathologique : car à ce stade la victime a introjecté l'objet de sa pathologie (son métier, sa carrière, son entreprise) et au lieu d'extérioriser sainement sa colère, sa tristesse et tout le cortège d'émotions qui l'habite vers l'objet extérieur (l'entreprise, responsable de son burn-out), elle va retourner ces émotions -ce combat- contre elle-même, et se convaincre qu'elle ne sait plus rien faire, qu'elle ne vaut rien, etc.


Tout récemment, une nouvelle cliente vient me consulter car elle a quitté son entreprise suite à une reprise post burn-out qui a echoué et veut reprendre le travail le plus vite possible mais a l'impression qu'elle ne sait plus rien faire. Elle a vraisemblablement repris trop tôt (au bout de 4 mois de repos), à sa demande, "parce ce qu'il faut bien reprendre un jour"; et avec l'aval de son psychiatre qui l'a autorisée en lui faisant remarquer "qu'il fallait qu'elle apprenne à lâcher prise". On remarquera au passage beaucoup d'injonctions (il faut!), pas surprenant de la part d'une victime d'un burn-out, mais hélas plus surprenant de la part d'un psychiatre qui devrait savoir combien le lâcher prise est difficile, surtout pour ces personnalités surinvesties, perfectionnistes, travailleuses, dans le contrôle... et que cela ne se fait pas tout seul. Facile à dire mais si difficile à faire !

J'adore ce proverbe chinois qui dit "Celui qui tient un tigre par la queue ne doit pas lâcher prise"... C'est exactement ce que vivent les victimes du burn-out qui tiennent, sans lâcher, depuis trop longtemps avec une accumulation de stress chronique jusqu'au débordement. Même après leur burn-out, elles tiennent toujours la queue du tigre ! Elles ne le reconnaissent pas toujours et surtout elles ne savent pas faire autrement.


Or le lâcher prise est vital dans le chemin de guérison du burn-out. Sans lui il n'y a pas d'acceptation de sa maladie ni de prise de conscience qu'on a fait quelque part fausse route (rupture de sens). Prisonnier du contrôle de son ego, la victime d'un burn-out va poursuivre sa vie avec toutes les injonctions de son contrat de survie qui l'ont conduite droit à l'épuisement : tiens bon au travail, sois une mère parfaite, sois une épouse exemplaire, fais en encore plus car ils ont besoin de toi, etc... Ne lâche pas la queue du tigre ! Ma cliente a abordé son premier entretien avec moi comme elle abordait tout dans sa vie, par du trop. En repoussant notre rendez-vous en fin de journée, car elle était débordée avec les devoirs de ses enfants en confinement. Quand je lui demandais si elle pouvait imaginer une autre organisation du suivi scolaire des enfants, elle me repondit : "mon mari me dit la même chose, mais je ne peux pas m'en empêcher." Bilan, elle demarra sa thérapie avec moi à 17h avec un niveau d'énergie qu'elle estima à 3/10, écrasée par des pressions qu'elle continuait de s'infliger à elle-même, malgré l'arrêt de travail... De la même façon j'ai une autre cliente qui voulait guérir de son burn-out, comme elle avait conduit sa vie jusqu'à présent, dans le contrôle et dans le "trop": elle fixait nos séances parfois en ayant vu préalablement dans la même journée un masseur ou un praticien reiki puis enchaînait avec un hypnothérapeute pour finir sa journée à méditer avec un guru indien.


Evidemment plusieurs formes de thérapies existent pour favoriser le lâcher prise : verbales, psycho-corporelles, états de transe, etc... Comment accompagner au mieux ce moment pivot où la personne renonce à contrôler et à maîtriser le processus pour percevoir le caractère paralysant de ses résistances ? Pour moi, il est important à ce stade de proposer une expérience nouvelle à la personne, ce qu'en Gestalt-thérapie nous appelons "un ajustement créateur"... La thérapie verbale sera parfois perçue comme déjà vue (I've been there, done that, it didn't work), surtout par des clients en rechute comme la mienne, qui a déjà accumulé des mois de visites chez son psychiatre ; l'analyse beaucoup trop longue est à éviter. Les thérapies uniquement verbales risquent auprès des victimes de burn-out de renforcer au contraire leurs résistances. Aussi je préfère proposer des séances de thérapies "multimodales" (Lazarus) : à la fois verbales (derrière le contrôle il y a souvent des croyances limitantes, des messages contraignants ou des injonctions) mais aussi corporelles (avec une reconnection au corps, au présent et aux émotions) et comportementales (avec de nouveaux apprentissages à mettre en place, une hygiène de vie post burn-out). Et comme le lâcher prise est souvent très difficile, je propose de travailler aussi en état de transe pour permettre un relâchement des résistances les plus tenaces et une reconnection au soi.

Le contrôle de soi nous empêche d'accéder à notre moi profond. La perte de ce contrôle dans les états de transe permet de trouver ce chemin vers soi. Jean-Marie Delacroix, un des pères pionniers de la Gestalt thérapie en France explique très bien l'intérêt des états élargis de conscience en psychothérapie : "Il s'agit bien d'un état de conscience plus ouvert, plus vaste, plus large que celui que nous connaissons dans la vie quotidienne. Ce qui est modifié par cette ouverture inhabituelle, c'est notre état intérieur, nos capacités perceptuelles et notre capacité d'introspection."

Je ne me permettrais jamais de vous dire que les outils transpersonnels en EMC sont la panacée absolue, et qu’ils se substituent au travail de thérapie verbale. Mais j’observe que pour le traitement du burn-out ils sont particulièrement utiles sur 4 plans :

- Ils permettent de débloquer des situations parfois très figées (ex. le déni) et d’avoir des prises de conscience salvatrices grâce à leur faculté de faire baisser voire tomber les résistances de l’ego.

- Ils facilitent d’aller explorer au plus près le moi-profond et le sens de la vie.

- Ils accélérent les processus de thérapie ou les amplifient.

- Enfin, ils sont pour moi thérapeute une formidable leçon d’humilité : "le guérisseur intérieur" (expression du Dr Stan Grof) sait mieux que moi par où passer et travaillera ce qui doit l’être, quelle que soit mon appréciation ou mon intentionnalité thérapeutique.


J'ai deux choix de prédilection pour un travail thérapeutique en EMC : en séance individuelle, je pratique l'hypnose transpersonnelle (formé par le psychologue Nicolas Dumont) et le Voyage Intérieur (initié par Arnaud Touffet); et je propose aussi des journées ou week-end de Respiration Holotropique en groupe. Je détaillerai dans un futur article les spécificités de chacun. Ces différentes techniques de transe, en individuel et en groupe, se complètent bien dans la thérapie du burn-out.


Il est évident pour que tout cela marche, le client doit d'abord accepter de "se laisser porter", par son thérapeute, puis par le processus de transe. "L’idée de lâcher prise nous terrifie mais, en réalité, c’est le fait même de vivre qui nous terrifie car apprendre à vivre, c’est apprendre à lâcher prise" disait Sogyal Rinpoché. Cela suppose une bonne relation de confiance avant que le thérapeute puisse proposer à son client une thérapie en Etat Modifié de Conscience. Mais au final, dans mon expérience personnelle et professionnelle, les résultats sont là. Les thérapies de transe, en "dé-fixant" et "re-fluidifiant" nos processus internes (expressions du psychiatre et psychothérapeute spirituel Jacques Vigne) vont permettre d'accéder à l'auto-guérison et au sens profond de la vie qui sont déjà en chacun de nous. Formidable moyen de traiter un burn-out.



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