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  • Michel Tanguy

Pourquoi le burn-out invite-t-il à un vrai travail de deuil?

Je fais partie de ceux (encore trop rares à mon goût) qui soutiennent que le burn-out peut être vécu comme une expérience de croissance et non de diminution. Pour cela je défend qu'il faut traverser son burn-out comme une vraie mort, ne négliger aucune étape du deuil, avant d'atteindre l'autre rive: celle de la renaissance.

En écoutant récemment Alexandre Jollien (émission "10 minutes avec Alexandre Jollien" sur RTS), j'ai été frappé par le parallèle qu'il faisait entre le coronavirus - ce virus mortel qui s'invite du jour au lendemain à la porte de chacun, confinant des milliards d'entre nous - et cette réalisation soudaine que nous pouvons - ou bien les êtres qui nous sont les plus chers - mourir demain! Pas dans 10, 20 ou 50 ans comme nous avions été amenés à croire, mais demain. Terrible leçon d'humilité et d'impermanence pour beaucoup d'entre nous qui avons grandi dans une croyance souvent inconsciente d'invulnérabilité.

Ce sentiment d'invulnérabilité je l'ai connu dans ma carrière professionnelle. A tel point que le burn-out est venu dans ma vie telle une déflagration, sans crier garde. Je me suis alors retrouvé nez à nez avec ma mort. Le système de santé en France, le monde du travail dans son ensemble m'ont alors regardé comme une personne diminuée : la victime en a forcément fait 'trop', donc on va désormais lui en proposer 'moins'. Je me souviendrai toute ma vie d'un entretien avec une chasseuse de tête - qui me reçut quelques mois après que je quitte l'entreprise où j'avais tant donné pendant près de 30 ans - et qui eut l'honnêteté de me dire tout haut ce que d'autres pensaient tout bas: "Michel, ne cherchez même pas un poste équivalent ailleurs. Tout le monde sait que vous avez fait un burn-out et que vous êtes grillé. Les recruteurs cherchent des mercenaires et vous n'en faites plus partie."

En faire moins, réduire la voilure... voilà ce à quoi j'étais désormais condamné?

Mais 'moins' de la même chose n'est pas une bonne solution ! Il faut aller chercher ce qui n'a pas été 'juste' pour la victime et l'a conduite au burn-out. Ici je rejoins Anne Everard et Pascal Chabot, deux experts du burn-out qui soutiennent que le burn-out est la maladie du 'trop' et du 'pas juste'... Si on se contente de diminuer le 'trop' sans adresser le 'pas juste', on risque même de faire plus de mal que de bien; car non seulement on n'aura pas identifié et enlevé ce qui est toxique pour la victime, mais en plus celle-ci retournera au travail tel un blessé de guerre qui porte aux yeux de tous (y compris des siens) un handicap à vie.

La rencontre du Dr Stanislav Grof, psychiatre à la renommée internationale et fondateur de la psychologie transpersonnelle, a été décisive pour moi, dans mon propre chemin de guérison du burn-out, afin de corriger une stratégie existentielle devenue totalement erronée et incapable de me procurer une satisfaction vitale. Son livre « L’Ultime voyage » est un ouvrage de référence pour toute personne qui accompagne la mort, le deuil. Pour moi, il est -sans que Grof ne l’ai anticipé- l’un des meilleurs livres sur le burn-out. Car le burn-out est une épreuve de mort. Toute ma vie je m'étais contenté de ce que Ken Wilber appelle des 'substituts d'Atman': gloire, argent, pouvoir, reconnaissance sociale, etc ; à chaque fois je croyais ressentir un bonheur extrême qui était impermanent et insatisfaisant. Résultat, je n'étais pas vraiment moi, en tous cas pas le Moi qui est la source de ma véritable identité. Je me résumais à mon moi-professionnel, ce que Grof nomme 'le moi-séparé'. J'ai compris que seul un égocide, la mort de ce moi-séparé, me permettrait d'avancer dans ma vie post- burn-out. Les thérapies transpersonnelles en Etats Modifiés de Conscience (EMC), notamment la Respiration Holotropique, m'ont permis de recontacter ma source sacrée et de réaliser l'absurdité de mes faux besoins passés, d'accepter la perte involontaire d'une carrière professionnelle. "La transcendance véritable implique la mort de notre moi-séparé"(Grof).

J’aurais pu choisir de me laisser broyer, diminuer, mais j’ai choisi d’utiliser le territoire expérientiel du burn-out pour me transformer en profondeur et me mettre au service d’autrui, avec la prise de conscience progressive, que ma seconde carrière professionnelle serait celle de thérapeute pour accompagner des personnes en rupture de sens, notamment en burn-out.





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