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  • Michel Tanguy

Les deux rives du burn-out : 2ème partie - la rive bleue

Et si cette rive bleue pouvait être son salut ? Même si l'homme réalisait que quelque chose de son passé devait mourir en lui, l'incertitude de ce qu'il y avait sur l'autre rive soulevait d'immenses peurs et des réactions défensives. Au sortir des heures les plus noires de sa rechute, il avait compris le véritable sens du mot crise. A lui s'offraient deux choix : revenir à son ancienne réalité, dans sa zone de compétences mais diminué ? D'une certaine façon ça le rassurait. Car il n'avait pas encore la lucidité de voir que c'était malheureusement cette réalité qui l'avait conduit dans le mur... Ou bien traverser vers cette rive inconnue, terrifiante ? En avait-il seulement l'énergie ? Comment trouverait-il le chemin pour y aller ? Il lui semblait qu'au moment de la rechute, la dernière goutte d'énergie avait quitté son corps.

Derrière tout son être qui n'était que souffrance et désespoir, il contacta le silence : non pas un silence qui est absence de bruit, mais le silence plein ; et dans ce silence, l'homme accepta enfin que quelque chose dans son passé s'était définitivement brisé. Un rite de passage, sans doute le plus essentiel de sa vie, l'attendait sur l'autre rive. Ses masques étouffants qui avaient annulé son identité profonde, devaient tomber. En avait-il le courage et la force ? Il fallait qu'il essaie et décida donc de traverser vers l'autre rive.

A partir du moment où son intention fût clairement exprimée, des synchronicités lui montrèrent le chemin pour s'y rendre. Le bouche à oreille conduisit l'homme chez un psychopraticien pas comme les autres, un thérapeute transpersonnel. Transpersonnel ? Il espérait que cette rencontre le mette sur un chemin de libération de son burn-out. Car si tous les autres, jusqu'à présent, avaient bien été capables de lui expliquer que son burn-out était une sortie de route, aucun ne lui avait indiqué les bonnes clés pour une guérison complète et définitive. Si le burn-out est aujourd'hui globalement bien compris et traité dans ses dimensions physiques, émotionnelles et psychologiques -dans ses symptômes visibles en quelque sorte- il ne l'est pas du tout dans sa dimension spirituelle. L'homme s'était fracassé et vidé sur l'autre rive; comme totalement dépersonnalisé. Crise de foi. Pour quoi exister ?

Pour autant il ne s'était pas encore totalement débarrassé de croyances et d'illusions toxiques qui l'empêchaient d'accéder à sa flamme vitale. Or il sentait bien que seul l'accès à cette flamme, lui permettrait de recontacter une source d'énergie vitale et pérenne pour qu'il ne soit plus amoindri mais entier, pour qu'il existe non pas "moins" mais "davantage"qu'avant. C'était impensable d'y aller seul ni avec n'importe qui. La thérapie transpersonnelle allait l'accompagner jusqu'à l'aboutissement du processus de catharsis : brûler totalement toutes ses croyances erronées, faire tomber tous ses masques pour pouvoir espérer renaître. Rive bleue du dépouillement.

Première séance : l'homme expérimenta l'hypnose transpersonnelle, une relaxation profonde, ritualisée au son de la voix du thérapeute, et de ses instruments musicaux (de son Koshi et de son gong) ; il partit dans une transe profonde à la découverte de son monde intérieur. Pour la première fois il sentit qu'il était plus grand que cette maladie qui le figeait, qu'il n'était pas seul, que quelque part il était connecté à une énergie de vie vaste et puissante. En s'abandonnant à la transe il se confiait à son guérisseur intérieur plus savant, plus expert que les personnes qu'il avait croisées jusqu'alors. Ce fut comme un plein d'énergie et de sens. Rive bleue de la régénération.

Il découvrit séance après séance les effets thérapeutiques réparateurs des Etats Modifiés de Conscience, à travers ces voyages en transe, en hypnose transpersonnelle ou en Respiration Holotropique. Il explora ses peurs les plus profondes : l'abandon, la non reconnaissance ; ses secrets de famille, des malédictions généalogiques aux hontes actuelles. Il réussit à se mettre en paix avec des blessures archaïques. Rive de la connaissance de soi.

Si quelqu'un lui avait dit un jour, sur l'autre rive, qu'il était possible de revivre sa naissance, il l'aurait traité de fou. Et pourtant, c'est en la revivant qu'il put expérimenter le premier trauma de sa vie, celui d'être coincé dans la canal intra utérin jusqu'à n'en plus respirer. Et en hypnose transpersonnelle y superposer son supplice de burn-out : travailler, pousser, sans limite jusqu'à l'extinction. Il comprit ce jour là que sa naissance avait engrammé en lui une signature émotionnelle de combat et d'effort : la survie étant au prix d'un énorme travail et de sacrifice, sans avoir connu le goût positif de l'espoir récompensé . Même vécu d'impasse et même ignorance du chemin à suivre pour être victorieux. Il ne faisait pas partie de ceux qui avaient connu le succès du combat victorieux de la naissance, l'importance de se sauver soi-même. Signature qui expliquait son profil de sauveur des autres, d'hyper investi, de jusqu'au-boutiste, qui vit dans une hyper adaptation impressionnante mais dangereuse car absurde, sans limites et bien sûr au détriment de ses propres besoins profonds... Signature qu'il revivrait encore et encore à moins de la transformer. La Respiration Holotropique, méthode thérapeutique basée sur le souffle et la transe, devint un compagnon de route, un outil de changement et d'éveil.

Grâce aux Etats Modifiés de Conscience l'homme voyait combien en laissant émerger à la conscience ses vieilles programmations, elles devenaient non seulement plus claires mais elles perdaient leur charge émotionnelle jusqu'à disparaître. La thérapie transpersonnelle est découvrante : le travail par déconstruction et reconstruction permit à l'homme un accroissement de la conscience et une réorganisation de son identité. De nouveaux espaces s'ouvrirent en lui. Il découvrit des qualités mais aussi des désirs et des envies, oubliés depuis longtemps. Et surtout il fit l'expérience d'un contact plus authentique avec son corps, et des liens plus vrais avec les autres. Rive de la métamorphose.

Eté 2019, l'homme marche le long de la rive bleue. Le sol est jonché de masques, il reconnaît les siens. Il se réjouit. Il sait que ce chemin est un chemin de vie, qui se travaille en conscience à chaque instant, nul n'est à l'abri de trébucher. Mais il ne se sent plus coupable, ni victime, ni en colère, ni triste. Il n'a plus peur des mots Amour et Spiritualité. Il marche avec un nouvel équilibre : il se sent ancré, le coeur ouvert. Il est aligné comme il n'a jamais été. Rive bleue de l'amour.

L'homme est conscient du piège qui consume tant de victimes et qui l'attend pourtant sur l'autre rive : car comment travailler différemment quand le monde du travail lui n'a pas changé ?

Sa mission de vie est toute trouvée : il va accompagner les autres à exister davantage pour ne pas être engloutis par leur travail. Transmettre le sens de la rive bleue à la rive rouge. Passeur de sens. L'homme cesse de marcher et lève la tête. Il sourit. Il ne voit plus l'autre rive en face, mais un vaste océan bleu.




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