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  • Michel Tanguy

La médecine du feu pour transformer un burn-out.

Dernière mise à jour : mai 9



On a tous entendu parler de la médecine allopathique, c'est la plus courante en Occident et paradoxalement la moins utile pour guérir d'un burn-out. Dans un burn-out il y a bien sûr un corps épuisé, un cerveau "cramé"mais également un esprit comme perdu, coupé de son corps. Les experts sont loin d'être unanimes de penser que des médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques) soient nécessaires, et en tous cas il est inutile d'en systématiser l'usage. Par contre la meilleure médecine c'est le repos (durant de longs mois), et ma conviction c'est qu'il faut lui associer une médecine de 'guérison de l'esprit'. Car la biologie et la science conventionnelle n'expliqueront (et ne régleront) jamais à elles seules le processus du burn-out, qui est physico-chimique et surtout spirituel. Guérir d'un burn-out ce n'est pas seulement traverser la pathologie, c'est se relever d'un état divisé pour retrouver un état unifié et complet.

Bien entendu dans un premier temps (crise/pathologie), il est naturel de vouloir traiter les symptômes, les signes psycho-corporels : on fera donc appel à un médecin généraliste ou psychiatre (indispensable d'ailleurs pour les arrêts de travail), mais également un ostéopathe, un masseur, ou un énergéticien.

Et surtout, il s'agira d'entamer une psychothérapie holistique adaptée, car le burn-out vient toujours signifier un besoin de réactualiser sa vie professionnelle et sa vie en général. Avec une nécessaire médecine des mots : après les mots qui ont blessé au travail pendant trop d'années, vient le temps de trouver les mots qui guérissent. "Changez d'histoire et votre perception changera aussi. Qui dit perception modifiée dit vécu modifié, et ce changement de vécu affecte la biologie cérébrale." (Lewis Mehl-Madrona "Ces histoires qui guérissent- La sagesse du coyote" Ed. Guy Trédaniel). Comme je l'ai souvent écrit : un travail en transe (hypnose éricksonienne et transpersonnelle ou pratiques chamaniques) permet d'aller plus loin encore et de libérer des mots engrammés dans le corps ou refoulés très loin dans des mémoires difficilement accessibles.

Pour accompagner un réalignement du corps et de l'esprit dans l'épreuve du burn-out, j'intègre une médecine de la respiration. De la cohérence cardiaque à la Respiration Holotropique : faire confiance à la respiration pour guider la personne, tel un fil d'Ariane, vers la voie de sortie. Prendre conscience que le souffle de l'air est le souffle de l'esprit... (lire mon article "Respiration et burn-out" pour plus de contenu).

Les médecines ancestrales, dites chamaniques, me paraissent également prometteuses dans l'accompagnement du burn-out. Car elles partent du bon point de départ : celui d'une vision profondément unifiée de la santé, corps- mental- esprit. Et elles s'accordent pour voir que la réponse à un problème de santé se trouve à l'intérieur de la personne dans une intelligence du Vivant. Le soignant (ou guérisseur) va chercher à faire émerger les réponses de la personne, à travers des expériences de transe, à la voix, au tambour, au feu, etc.

Très récemment j'ai pu expérimenter pour moi-même, l'expérience initiatique et guérissante du Feu, lors d'un stage proposé par le CesHum (l'école du Transpersonnel), animé par Marie-Dominique Linder, psychanalyste jungienne et femme-médecine dans la tradition amérindienne.

Le feu a d'incontestables effets méditatifs, il suffit de regarder longuement un feu pour sentir un état modifié de conscience : c'est la puissance spirituelle de cet élément aux propriétés uniques. Notre cérémonie du feu a duré plus de dix heures, et les douze participants ont unanimement déclarés ne pas avoir vu le temps passer. Nous avions un feu central et douze petits feux individuels placés suivant le tracé d'une roue de médecine, et dont nous avions, participants, la charge d'entretenir. Toute la nuit nous avons alimenté notre brasero de petit bois que nous avions patiemment été cherché dans la forêt et préparé la veille. Pour ma part, je pense avoir été en transe profonde de 23h à 2h du matin. Le feu permet l'entrée dans le sacré: traverser le feu sans être brûlé pour cheminer sur la voie qui mène à la lumière.

Rituel de purification et de soin, au coeur de la nature, accompagné par la pulsation du tambour, du silence, du chant intuitif et spontané des animateurs, du groupe mais aussi du coucou et de la chouette qui étaient présents dans la forêt près de nous.

J'ai senti le feu me purifier et me transformer.

De la même façon que le tambour pulse avec l'énergie de mon esprit, soutenu par celle du groupe ; j'ai vite compris que le feu dont je prenais soin dans mon brasero était syntone avec mon feu intérieur, étayé par les feux de mes camarades et connecté au grand feu central. D'ailleurs il y a quelques années j'aurais eu à coeur de maintenir de grandes et belles flammes apparentes, bien vues de tous... comme un feu extérieur à moi, tout en apparence, qui quête le regard, l'approbation, l'admiration de tous. Exactement moi avant mon burn-out !Notre gardien du feu, Clément, me faisait remarquer que j'avais quasiment toute la nuit, un feu sans flammes. C'est vrai : je me suis installé sereinement pendant toutes ces heures, avec ce feu aux braises puissantes qui n'éprouvaient nul besoin de s'enflammer, de se vanter : mon feu sans besoin de flammes. Mais ce n’était ni calculé, ni contrôlé, "c’était comme ça !", tout simplement. Et comme cela décrit bien mon feu intérieur aujourd'hui : stable et solide, confiant, subtil et détaché d'artifices. Je sens que j'ai bien coupé les liens névrotiques avec certains 'substituts d'Atman' (expression de Ken Wilber pour décrire les richesses, l'argent, la gloire) que mon moi-séparé croyait nécessaire pour atteindre le bonheur. La nuit du feu agit comme une confirmation et un ancrage d'une nouvelle réalité. Me sentir totalement vivant est le plus grand cadeau sur terre !

Herbert Freudenberger, psychothérapeute américain a, le premier, employé le terme de burn-out dans les années 70 pour caractériser ce nouveau désordre qu'il avait lui-même traversé et qu'il observait chez ses patients qui se consumaient de l'intérieur. Il va appeller cela "burnout" pour décrire cette maladie provoquée par une suractivité humaine et addictive qui met le feu au système psycho-physique. Il écrira dans son ouvrage référence "L'épuisement professionnel : la brûlure interne" : " En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d'incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consommer comme sous l'action des flammes, ne laissant qu'un vide intérieur immense, même si l'enveloppe externe semble parfois plus ou moins intacte."Il dira également avec beaucoup de vision pour son époque : "Le feu intérieur, naguère source sacrée permettant le dépassement de soi peut se transformer en feu dévastateur."

Pour résumer, je dirais qu'au moment du burn-out, j'avais perdu mon feu sacré, il s'était quasiment éteint. A sa place, se propageait dans mon corps un énorme feu de tête qui dévastait tout sur son chemin. Dans le double processus de guérison il a fallu calmer le feu de tête et aller relancer le feu sacré. Aujourd'hui, 5 ans après, je contemple ce feu et j'en suis fier ! Cette nuit du feu, parfois une nuit où l'on traverse ses peurs, a été pour moi une nuit de fête et de joie tranquille et profonde. Une ronde qui m'a conduit au coeur de Soi, à mon feu sacré, dans le lien intime d'être relié au groupe avec un feu commun inépuisable. C’était une expérience, la mienne. Avec les effets correspondant parfaitement à l’étape de consolidation post burn-out dans laquelle je suis aujourd’hui. Mais quelque chose me dit que l’esprit du feu se serait ajusté pendant cette longue nuit de médecine pour m’aider à relancer mon feu sacré si j’avais été au pic de l’épuisement. Mystère et intelligence de la médecine du feu.


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